vendredi 24 février 2017

La Recherche... par Yves Noël Genod

La Recherche, une étude sur Marcel Proust 
par Yves Noël Genod aux Bouffes du Nord du 21 au 25 février 2017

Enfin devrait on dire, le retour d'Yves-Noël Genod sur les planches. Lui-même, jouant, déclamant, lisant, s'adressant à son public chéri, enfin car, souvent il ne joue pas, il ne joue plus, il fait jouer les autres les méticuleuses déambulations de son inspiration.
Car Yves-Noël est fabuleux lorsqu'il est sur le plateau. D'abord il y a cette voix, singulière et enjôleuse, totalement en adéquation avec son personnage cabotin, elle nous ensorcelle, au delà de sa volonté même parfois, il me semble. Yves-Noël est une diva, un besoin irrépressible de séduire guide le moindre de ses pas à talons ou pas, il ne s'en défendra pas, c'est une question de désir chez tous les comédiens, un manque infini à combler, on ne vous apprend rien. C'est une telle seconde peau que tout son être tend vers la séduction. Mais elle est accompagnée d'une désarmante innocence qui prend le dessus sur la diablerie. Ensuite il y a sa présence, son aura, sa dégaine blond platine affublée d'un costume entre le ringard et le disco, tout ce qu'il y a de moins discret, sa gestuelle gracile et ses oeillades malines, on a envie de le peindre, d'immortaliser l'empreinte qu'il laisse sur nos rétines, pétillante et sensuelle.
C'est avec tout cela qu'il arpente la petite scène des Bouffes, avec une certaine nonchalance, tablette à la main, lisant, parfois marmonnant, parfois courant après les mots, le délice d'extraits de la littérature de Marcel Proust. Le décor est simple, comme une vieille salle d'attente ou un salon désuet, un calme des objets posés là, la lumière en revanche semble totalement sauvage et inapprivoisée. Elle vit sa vie sur le plateau, changeant de manière impromptue l'ambiance à son seul grès.
Ce qui est un enchantement chez Yves-Noël c'est qu'il n'a peur de rien pourrait on penser. La dernière fois que je l'ai vu dans cet exercice, c'était pour nous lire du Shakespeare ; rien de moins. Maintenant c'est Proust et sa Recherche, nous sommes dans la cour des grands et nous allons prendre le temps justement. Le temps comme il dit, lorsqu'entre deux lectures il s'adresse à nous, en professeur de l'instant "manquerait plus qu'en sortant vous disiez : je n'ai pas vu le temps passer !" Aujourd'hui on a plus le temps de rien, à peine celui de se poser deux heures à écouter du Proust, alors les impatients, circulez... C'est donc avec délice que l'on écoute de savoureux passages, lus et parfois commentés, agrémentés, de remarques qui éclairent la lecture. J'avoue que j'en aurais voulu d'avantage de ses exergues, la pertinence et la malice d'Yves-Noël Genod valent bien le détour, en plus de ses anecdotes sur ses rencontres avec Marguerite Duras qui n'ajoutent pas forcément du poids à sa légitimité, les analyses de textes dont il nous livre quelques miettes sont comme une promesse d'intelligence et d'amusement, dont on ne voit qu'une parcelle.
Nous avons passé un moment précieux, nous ne pouvons en ressortir qu'en ayant envie de relire Proust pour faire durer encore le plaisir d'une littérature dont les mots tentent et parfois y parviennent, à décrire avec perfection l'infini de la palette des émotions humaines. J'espère que ce succès donnera envie à Monsieur Genod de continuer à nous donner parfois ces rendez-vous particuliers, entre nous, une oeuvre et sa transcendance.


mercredi 4 juin 2014

Josef Nadj à la Villette

Entrez dans la maison de Josef Nadj, figure emblématique de la danse contemporaine en France, et retrouvez son bestiaire fantasmagorique, ses clowns muets et ses objets étranges. Un univers onirique et surréaliste où la danse rencontre le free-jazz, le cinéma muet des années 30 et la littérature d’avant-guerre en Europe de l’Est.


Nadj à la Villette, c’est quatre propositions artistiques présentées dans la Grande halle du 16 au 28 juin :

Les Philosophes, un spectacle de Josef Nadj où l’image et la danse se rencontrent autour de la figure du père dans une scénographie circulaire originale ;
Ozoon, un spectacle de Josef Nadj liant mouvement et musique free-jazz où l’humain fait face à sa propre animalité ;
Elégia, un concert pour 6 musiciens sur une composition originale d’Akosh Szelevényi, suivi de la projection du film Elegia de Zoltàn Huszàrik, cinéaste expérimental hongrois;
Une exposition où l’on retrouve les créations plastiques et filmographiques du chorégraphe, accessible avant ou après un spectacle sur présentation de votre billet.

Josef Nadj est pour moi l'un des chorégraphes les plus incontournables de notre époque.

A relire les articles dans les archives des précédents spectacles.

Tarifs préférentiels aux lecteurs du blog :

OFFRE PRIVILEGIEE POUR DECOUVRIR NADJ à LA VILLETTE

Les philosophes / Ozoon : 20€ au lieu de 26€ par spectacle
Elegia : 16€ au lieu de 20€

Réservation indispensable au 01 40 03 75 75
Code à donner lors de la réservation : 33 62 63

Offre limitée à 2 billets par personne et par spectacle sur présentation de cette newsletter imprimée dans la limite des places disponibles



vendredi 22 novembre 2013

Jerk - Vienne - Cooper - Capdevielle

D'après une nouvelle de Dennis Cooper, une conception et mise en scène de Gisèle Vienne
en collaboration et interprété par Jonathan Capdevielle
Au théâtre de la Bastille jusqu'au 23 novembre 2013

photo Alain Monot

C'est un petit être qui semble timide et doux qui prend la parole, face à nous, assis sur une chaise, un sac de voyage à ses côtés. On nous a remis un fascicule avec des textes, il nous invite à lire un premier extrait. Et puis il se propose de jouer la suite avec ses marionnettes, en toute innocence…

Le sang se glace rapidement et Jonathan Capdevielle commence son petit spectacle. Avec des peluches et des petits garçons de porcelaine, il nous raconte l'horreur… En l'espace de quelques minutes,  nous sommes plongés dans un pur cauchemar, que même l'irréel des marionnettes ne dissipe pas. Trois jeunes gens en tuent d'autres… Ses mimiques, ses bruitages, sa gestuelle suggestive sont d'une efficacité redoutable, on le souhaiterait moins doué, on a envie de partir, certains sortent…

Puis le deuxième texte, tout ceci tiré d'une nouvelle, d'une histoire vraie, un serial killer américain et ses complices qui ont assassiné pas moins de 27 jeunes hommes dans les années 70 et qui ont fini par s'entretuer. La performance de Jonathan Capdeville dure 50 minutes et elles sont douloureuses. Nous oscillons entre la fascination exercée par cet acteur exceptionnel, qui finit son interprétation en ventriloquie, ce qui rend le texte encore plus empoisonné, une voix qui vient du ventre, qui vient d'où, première fois de nos vies que l'on assiste à cela, un ventriloque qui ne plaisante pas, et l'abomination de ce qu'il raconte qui rend encore plus indécente sa performance.

C'est une grande claque, un dérangement intérieur, un coup réussit pour moi car j'ai été profondément remuée, une admiration sans borne pour le comédien qui se livre entièrement dans une telle performance. Une leçon pour tous ces acteurs surfaits qui restent en surface. Mais d'un autre côté, je reste dubitative sur le texte, le travail de Dennis Cooper m'a toujours laissée assez indifférente, mais aussi sur le fondement de raconter une telle histoire. Le spectacle est comme une grande baffe donnée par un inconnu : ça touche son but, on reste éberlué, mais on se demande vraiment pourquoi.

samedi 16 novembre 2013

Swamp Club - Quesne - Vivarium Studio

avec Isabelle Angotti, Snaebjörn Brynjarsson, Yvan Clédat, Cyril Gomez-Mathieu, Ola Maciejwska, emilien Tessier, Gaëtan Vourc'h, Quatuor à corde différent selon les lieux
Mise en scène et scenographie Philippe Quesne

Au théâtre de Gennevilliers jusqu'au 17 novembre 2013
A forum du Blanc Mesnil les 21 et 22 novembre 2013 et en tournée dans toute la France
Les dates ICI

Un vivarium c'est un lieu d'expérimentation où grouillent toutes sortes d'êtres vivants. Le nom de la compagnie de Philippe Quesne est déjà en soi une présentation de son travail. Une recherche incessante  sur le vivant et son environnement.
Pour ce spectacle il s'agit d'observer une équipe d'artistes et un lieu qui les accueille en résidence. Quelque soit le contexte imaginé par Philippe Quesne, un marais, des animaux, des vapeurs, une humidité, on ne peut que chercher la métaphore filée partout. On entre dans un univers à tiroirs et c'est nous qui sommes aux commandes. Celles de notre imaginaire, de notre culture politique et artistique, de nos espoirs sur l'avenir.
Philippe Quesne et ses comédiens totalement libres et spontanés, ont l'audace de prendre le temps, de nous offrir ce qu'il y a à voir, sans trop nous mâcher le travail. Le rythme de la rêverie s'impose, la musique classique jouée par le quatuor nous plonge dans une ambiance d'une qualité particulière, le sauna qu'investissent les acteurs provoque un sentiment d'oisiveté et de détente qui sont pourtant à l'encontre de l'idée que l'on se fait d'une résidence d'artistes... Vraiment ?... La mine d'or qui alimente le lieu et les rend riches et autonome nous porte à rêver et bien entendu nous fait grincer des dents.

Photo Vivarium Studio

Le talent de Philippe Quesne c'est la douceur, la gentillesse avec laquelle il nous prend par la main et nous montre un monde finalement terrifiant, les comédiens sont comme des enfants qui jouent dans un décor mais tout résonne de manière si réelle que nous ne pouvons pas ne pas réfléchir aux messages politiques dispensés. Un monde ou merveille et absurdité se cotoient, où une taupe géante est le thermomètre du danger à venir, où l'apocalypse n'est pas loin, et "on dirait qu'on pourrait s'en protéger..." On ne sait jamais ce qui est ironique ou sérieux, ce qui est dérisoire ou fondamental... Les repères sont mélangés et nous rappellent à quel point ils le sont tout autant dans la vie réelle.
La fin advient, dans un vacarme effrayant, en contrepoint de la torpeur précédente.

A voir à suivre, Philippe Quesne et ses lutins, ont toujours quelque chose du monde à nous montrer.


jeudi 9 mai 2013

The four seasons Restaurant - Castellucci

Une création de Roméo Castellucci d'après le poème d'Hölderlin "Empédocle"
avec Chiara Causa, Silvia Costa, Laura Dondoli, Irene Petris et des figurantes : Myriam Sokoloff, Carlotta Moraru, Marine Granat, Marie Dissais, Moira Dalant et Clara Chabalier
Musique Scott Gibbons
Jusqu'au 27 avril 2013 au Théâtre de la Ville

Voici un spectacle qui est à la fois singulier et dense. Apparemment c'est une habitude chez Roméo Castellucci, c'est la première fois que je voyais une de ses créations et j'étais assez impatiente. Ce qu'il en ressort en premier lieu c'est la richesse de l'ensemble. Que cela soit le travail sur le texte, le jeu, les costumes, les intermèdes, les images, les références... On sort de l'indigence théâtrale qui nous envahit de plus en plus ces derniers temps. Enfin, on respire, quelqu'un qui travaille tout un ensemble et qui nourrit le spectateur tant en réflexions philosophiques, métaphysique, esthétique, littéraire et poétique, physique, théâtrale, politique... tout en allégories et associations intenses. Tout fait sens et se lie pour nous raconter une histoire, nous interroger, nous effleurer, mais aussi nous surprendre et nous ravir.

Cela commence par la métaphysique. Un rythme assourdissant nous enveloppe, c'est presque un coeur qui bat si ce n'était le "bruit" qui l'accompagne, une irrégularité et un ensemble de sons inouis perturbent nos sens. Heureusement un texte défile et nous nous y accrochons. Il s'agit du son que font les matières qui rebondissent au bord des trous noirs, au lieu de s'y laisser absorber. Immédiatement l'on peut faire le rapprochement avec la résistance artistique, le geste de Rothko qui refuse d'accrocher ses toiles et en écho, même par opposition, celui d'Empédocle qui lui en se jetant dans l'Etna, résiste aussi à sa manière. Le ton est donc donné, c'est un spectacle qui déploie des fils à tirer ou à suivre, des résonances, des liens entre les images que Castellucci distillera... 

Christophe Raynaud de Lage

Puis un autre geste, celui de se couper la langue, des femmes vêtues comme des travailleuses d'un temps ancien, elles pourraient être russes, ou chinoises, ou italiennes... sous une dictature, un brassard rouge à leur bras, répètent ensemble le texte d'Hölderlin, sur Empédocle et tout en poses, en gestuelle précises et exagérées. Elles sont toutes les femmes, elles sont tous les hommes, les résistants et ceux qui suivent, les rebelles et les suiveurs, elles sont l'humanité. Chacun y lira son histoire, les mots sont prétextes, la magie et la force de Castellucci est de tenter une création humaniste. Il y a tant de parallèles, de références, d'images et de mots qui rassemblent et font écho en nous à tout ce que nous connaissons de l'art et de la politique qu'il est impossible de les énumérer ici. Ces femmes sont magnifiques et le texte même si nous ne pouvons que l'effleurer dans sa rapide énonciation et sa complexité, nous berce dans la manière du dire qu'elles emploient. Une grande douceur émane d'elles en enfin, elles renaissent, elles dansent ou bien elles s'englobent... La poésie de leurs mouvements nous prend aussi, pour peu que l'on s'y glisse. 

Enfin le tourbillon se re-déploie et dans un vacarme assourdissant, une vision d'épinal apparaît dans un volcan, une répétition de la fin, un geste qui rappelle celui d'Empédocle, une libération, nous sommes envahis, terrassés, soulevés... Tout disparaît et nous n'entendons plus qu'une énorme soufflerie, une allégorie grandeur nature envahit le plateau, plus rien n'existe d'autre. Nous  ne sommes plus que dans la sensation, comme au début du spectacle, la boucle bouclée, notre imaginaire saisit et nos sens ravis. Au creux du volcan et de la mort, les femmes nues réapparaissent, et un visage terne et souriant nous glace. Chacun ici encore une fois, peut se raconter ce qu'il veut. Castellucci nous prend en otage avec des références innombrables que l'on ne peut pas toutes saisir, mais en même temps il nous livre tant à réfléchir que l'on ne peut que chérir cet immense travail. 

mercredi 24 avril 2013

Anamorphosis - Quesne

"Anamorphosis" conception et mise en scène Philippe Quesne, collaboration artistique Cyril Gomez-Mathieu, avec Ami Chong, Yuko Kibiki, Makiko Murata et Mao Nakamura
Jusqu'au 26 avril 2013 au Théâtre de Gennevilliers.

Il est toujours question de bulle dans le travail de Philippe Quesne, une sorte de parenthèse dans le temps et dans l'espace. C'est peut-être aussi la mission du théâtre que de nous extraire de la simple banalité. Nous observons le processus créatif de quatre jeunes femmes, groupe de rock japonais, qui cherche l'inspiration pour leur prochaine chanson. Ce qui est très original, c'est que l'on décortique concrètement tout ce qui pourrait composer une écriture, comme si l'imaginaire prenait soudain forme devant nous. 

Le temps prend le temps, les jeunes femmes plongent dans leur univers, et tout en douceur vont explorer leur inspiration. Avec une pointe de juvénilité, elles jouent comme dans l'enfance, les petites parties de leur création, que l'on imagine ensuite devenir des strophes, une histoire racontée dans une chanson.

photo vivarium studio

C'est un spectacle très fin et précis, avec quelques notes politiques toujours en suggestions et non en frontalité, avec habileté comme sait le faire Philippe Quesne dans toutes ses créations. On aurait envie de les rejoindre pour jouer avec elles, sans toutefois oser les déranger, un véritable équilibre émane de ces scènes. Comme si le processus créatif n'était qu'un jeu d'enfant... La musique, ou parfois la nappe de sons nous enveloppe, tout est tellement en place. Voila donc une petite luciole dans la nuit, qu'il faut récupérer avec précaution dans ses mains, une ambiance toute japonaise et délicate, un très chouette moment !

jeudi 28 mars 2013

Memento Mori - Rambert - Godin

Memento Mori de Pascal Rambert, et création lumières Yves Godin, musique Alexandre Meyer
avec Elmer Bäck, Rasmus Slätis, Anders Carlsson, Jakob Öhrman et Lorenzo De Angelis.
Au théâtre de Gennevilliers du 27 mars au 6 avril 2013

Ce n'est pas un spectacle, c'est une expérience. C'est un moment qu'il faut vivre et s'approprier, personne ne verra la même chose. Il faut un peu de calme et de patience (cela nous manque n'est-ce pas dans ces vies...), poser le souffle, se détendre, c'est un moment de spectateur qu'il faut investir de sa personne, physiquement. Nous sommes plongés dans le noir, mais le vrai, et non pas celui qui est vaguement éclairé par une sortie de secours, qui nous perturbe la concentration, ni un noir qui précéderait aux trois coups, un noir théâtral non, c'est un noir foetal. Un retour aux sources, une plongée en soi, et le besoin de s'habituer... Pendant quelques minutes la tentation est de fermer les yeux est là, comme si le noir était insoutenable à regarder. Et voici que l'on s'interroge, sur ses propres réactions, le noir comme un miroir, comme révélateur. 

Et puis soudain il semblerait que l'on aperçoive enfin quelque chose. Mais nous n'en sommes pas sûrs... On finissait par s'y faire, ce cocon, qui ne laissait passer que les sons, d'une salle qui tousse ou chuchote mais aussi parfois se tait. Comme une forme, les yeux essayent de distinguer, et puis une autre et au bout d'un temps, des hommes. 

C'est une expérience rétinienne, les yeux impriment des corps, des gestes, qui se fondent au noir, ou resurgissent ça et là, on est perdu. La nappe de son s'élève, nous sommes aux aguets bien sûr, nous voulons voir, mais quoi ? Ce n'est qu'un jeu de formes, du clair, de l'obscur, du noir sur du clair, de la chair sur de l'ombre... Les balbutiements du langage du corps, les hésitations de la danse, les premiers contacts, que veulent dire ces gestuelles d'âmes qui semblent évoluer sans heurts dans un espace qu'elles habitent ? C'est donc une expérience intime et physique que l'on fait lors de ce spectacle, dont on ne peut publier aucune photo car elles ne restent que dans notre mémoire, sensorielle essentiellement. Un vrai coup de maître du créateur lumière Yves Godin qui peint le spectacle, une création originale d'un metteur en scène qui explore décidément l'humain sous toutes ses formes et un exploit de la part de performers qui évoluent sans beaucoup de repères. 

Un moment rare dont on s'enveloppe et que l'on garde ensuite au fond de soi, comme quelque chose que l'on a aperçu au loin mais dont on n'est pas certain, et qui laisse une trace.

mercredi 20 mars 2013

Avignon 2013 Avant-Programme



19 mars 2013 au théâtre de Gennevilliers, Hortense Archambault et Vincent Baudriller présentaient, accompagnés de leurs deux artistes associés Stanislas Nordey et Dieudonné Niangouna, l'avant programme du festival 2013. Cette 67e édition sera également la dernière qu'ils programmeront puisque Olivier Py sera le prochain directeur. Sans doute un tournant à 180° de programmation est à venir, mais c'est un autre débat ! 

Pour cette 67e édition, le continent Africain sera largement à l'honneur (pas moins de 10 artistes), grâce à l'un des artistes associés, Dieudonné Niangouna, auteur, metteur en scène et comédien venant du Congo. A noter également des habitués et des grands "pontes" du festival, très souvent invités par Hortense Archambault et Vincent Baudriller, qui viendront comme pour faire un dernier tour d'honneur, donner parfois qu'une seule représentation (ex : Castellucci, Cassiers, Cadiot, Delbono, Fabre, Marthaler, Nauzyciel, Ostermeier etc...). Sinon nous retrouverons aussi avec joie Falke Richter, Angélica Liddel, Warlikowski, Philippe Quesne, entre autres, et bien sûr des spectacles de et avec Stanislas Nordey. 

L'Afrique à l'honneur, comme un clin d'oeil à l'Europe en crise, un continent qui ne connaît que ça, la crise, qui se bat et se débat, un continent entier dans la rage du dire, du faire, du vivre... On pré-sent que ces spectacles, pour beaucoup inconnus de nous devraient, sinon nous bousculer, au moins nous interpeller. Peut-être un rappel à l'ordre avant de passer la main sur les missions du théâtre, les messages politique et humains, le corps comme étendard, les besoins d'appel, les tentatives de remuer et de faire bouger les consciences... Avignon sera noire pour ce dernier festival, comme un cri rageur...

A noter la création d'un nouvel espace, la FabricA, lieu de répétition, de résidence à l'année, voulu et conçu par Hortense Archambault et Vincent Baudriller, qui sera une scène de représentation pendant le festival. Inaugurée le 5 juillet, cette salle permettra de faire des représentations avec une vraie hauteur sous plafond, et des répétitions de la taille de la cour d'honneur pour les troupes. 

Le détail du pré-programme ICI


lundi 4 mars 2013

Laetitia Dosch fait péter...

"Laetitia Dosch refait péter Artdanthé" au théâtre de Vanves, le 8 mars 2013, 19h30
Une création de Laetitia Dosch et Anne Steffens, d'après un projet initial de Laetitia Dosch et François Gremaud

Comment dire ? Laetitia Dosch se lance dans un one woman show, elle va nous faire rire c'est sûr, elle nous le promet, elle s'y engage... Elle va faire des tonnes de blagues, et puis des très drôles, des blagues qui grincent, les meilleures... Elle utilise l'humour noir, elle se moque des minorités, elle y va à fond, tout le monde y passe... Les handicapés, les juifs, les étrangers, bref, ici pas de politiquement correct, on n'est pas là pour ça... On est là pourquoi d'ailleurs ? Et puis de quoi parle-t-elle ? Et puis de quoi rions nous ? Pourquoi avons nous perdu cet humour très limite, ou encore n'est-ce pas mieux finalement de ne pas rire de tout...?

Dès les premières minutes le spectateur est sournoisement pris dans des questionnements infinis comme je les aime... Qu'est-ce que la prise de parole en public ? Qu'est-de que l'engagement au théâtre ? Qui assume le "dire" ? Laetitia Dosch n'y va pas par quatre chemins, ni avec le dos de la cuiller, n'y va pas de main morte etc... Toutes les expressions peuvent y passer. Elle joue, avec nous, avec nos idées reçues, et celles pas encore reçues d'ailleurs, elle trifouille, elle rit, elle se rit de nous, elle nous invite à rire, ou pas ? On est embarqué, on ne peut faire autrement et c'est là sa force, dissimulée derrière une hystérie grinçante, irritante, dérangeante...

Laetitia Dosch ne fait donc pas de one woman show, et notre rire n'en est pas vraiment un. Le regard que l'on aura sur elle, sur sa folie, sur ses extrêmes, est comme un miroir qu'elle nous tend. Jusqu'au bout elle saura nous surprendre et nous amener à nous voir autrement, comme spectateurs, comme voyeurs, comme membres d'une société qui est responsable du regard qu'elle porte sur les autres.

A ne pas rater !


mardi 16 octobre 2012

La barque le soir - Vesaas - Régy

avec Yann Boudaud
et Olivier Bonnefoy et Nichan Moumdjian
lumières Remi Godfroy
scénographie Sallahdyn Khatir
son Philippe Cachia
mise en scène Claude Régy
aux ateliers Berthier jusqu'au 3 novembre 2012

Ce n'est pas facile de s'exprimer sur le travail de Claude Régy car il nous fait vivre une expérience toute personnelle et sensorielle, un voyage intérieur dont le témoignage est subjectif.
Nous pouvons commencer par ce qui a sans doute inspiré le metteur en scène : le texte sublime de l'auteur. Nous est présenté ici un court extrait tiré de "La barque le soir" de l'écrivain Norvégien Tarjei Vesaas, relatant la tombée à l'eau d'un homme, sa dérive et son sauvetage. C'est un auteur qui nécessiterait à lui seul un article, tant son écriture est saisissante de beauté et de poésie. Il a un talent de précision rare, qui rend la lecture très visuelle, ceci est précieux au théâtre et invite à toutes les imaginations. 

Pour porter ce texte magnifique, Claude Régy a créé un écrin. Nous sommes installés dans la pénombre, une faible lumière rouge sombre baigne l'espace et nous enveloppe. On devine une traverse blanche de part en part et une bâche de plastique suspendue évoque par ses mouvements irréguliers, comme une forêt sous la neige. Un presque silence règne, désiré par le metteur en scène, précisé à l'entrée, quelques spectateurs chuchotent malgré tout. Une torpeur nous saisit, effet sans doute voulu également, une invitation à la rêverie.
Le comédien paraît enfin et nous emmène loin. Il entre dans une concentration absolue de ce qu'il a à dire, nous suspend à ses mots rendus indispensables par cette mise en scène. Il dessine parfois quelques gestes qui accompagnent ce qu'il raconte comme on tient délicatement un enfant par la main lorsqu'il fait ses premiers pas. 

photo Pascal Victor

L'histoire de cet homme qui glisse, qui coule, qui remonte, qui s'agrippe, qui se noie presque, qui revient... nous sommes à la fois haletants à son devenir, tout en étant bercés par les mots et la lenteur des gestes. Le drame qui se déroule contraste par la délicatesse de la présentation et la somnolence provoquée par la concentration, la pénombre, l'articulation des mots. On tente d'interpréter les lignes entre les lignes de ce texte, parfois en vain, nous sommes nous mêmes attirés par les profondeurs, nous glissons... Les nappes de sons qui entourent le comédiens et nous portent ou nous réveillent, sont parfaitement ajustées comme cette lumière qui n'est que nuances d'obscurités. Tout un travail d'orfèvres pour chacun des intervenants de ce spectacle. 

Soudain des grognements de l'acteur nous tirent de la rêverie. Un chien, un chien, nous sommes au théâtre voyons ! Nous l'aurions presque oublié ! Ce passage est très concret, très vivant, remuant, dérangeant. Décidément Régy souhaite nous secouer tant qu'il le peut, par tous les moyens. 

Ce qui est étonnant dans ces mises en scènes, auxquelles on s'habitue, ou pas, qui nous dérangent ou nous subjuguent, c'est l'emprise inconsciente que cela a sur nous. Il y a un par delà le texte, un au delà du théâtre, une tentative de rejoindre quelque chose chez nous qui vibrerait, ensemble, ou dans une solitude, mais qui serait une expérience "bullaire" et troublante pour peu qu'on s'y laisse glisser. A la fois nous ne sommes pas habitués à cela au théâtre, à la fois n'est-ce pas la mission du théâtre ? Régy reste un grand génie de la mise en scène à savourer encore tant qu'il est là.

A saluer bien sûr la performance du comédien qui est exceptionnel et qui transcende le texte dans un justesse éblouissante.